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Entre Guéant et Sarkozy, jugés en appel, le temps de la rupture et des menaces
information fournie par AFP 15/04/2026 à 17:28

Claude Guéant, ex-secrétaire général de l'Elysée, arrive au tribunal de Paris, le 25 septembre 2025, pour le verdict du procès de l'ancien président Nicolas Sarkozy, dans l'affaire du financement libyen ( AFP / JULIEN DE ROSA )

Claude Guéant, ex-secrétaire général de l'Elysée, arrive au tribunal de Paris, le 25 septembre 2025, pour le verdict du procès de l'ancien président Nicolas Sarkozy, dans l'affaire du financement libyen ( AFP / JULIEN DE ROSA )

Il était le "Cardinal", incontournable éminence grise de la conquête de l'Elysée puis de l'exercice du pouvoir: Claude Guéant, malade, a coupé les ponts avec Nicolas Sarkozy et prévient qu'il a encore des choses à dire si l'ex-président s'avisait de le mettre de nouveau en cause au procès libyen.

Mardi, dans une attestation de trois pages versée aux débats devant la cour d'appel de Paris, Claude Guéant a riposté à ce que son avocat, Me Philippe Bouchez El Ghozi, a décrit comme des "insinuations" de Nicolas Sarkozy mettant en doute la probité de son ancien collaborateur. Un tournant majeur du procès en appel, selon plusieurs avocats.

"Tout ce qu'a fait Claude Guéant l'a toujours été dans le cadre de ses fonctions et sur instructions de Nicolas Sarkozy", a asséné mercredi, auprès de l'AFP, Me Bouchez El Ghozi, dont le client est empêché par de lourds problèmes de santé d'assister à ce deuxième procès sur les accusations de financement libyen de la campagne présidentielle de 2007.

"La mémoire revient parfois quand on est mis en cause", prévient l'avocat. "Toute nouvelle mise en cause de Claude Guéant (...) fera l'objet d'un complément d'attestation".

"Nous ne faisons aucun commentaire. L'audience se déroule devant la cour, pas dans les médias", a réagi la défense de Nicolas Sarkozy.

Nicolas Sarkozy arrive au palais de justice de Paris le 7 avril 2026  ( AFP / Thomas SAMSON )

Nicolas Sarkozy arrive au palais de justice de Paris le 7 avril 2026 ( AFP / Thomas SAMSON )

Tout comme Brice Hortefeux, Claude Guéant et Nicolas Sarkozy avaient été condamnés en septembre pour association de malfaiteurs, à respectivement six et cinq ans de prison ferme. Le premier avait été reconnu coupable de plusieurs autres délits, dont celui de corruption, notamment pour avoir accepté 500.000 euros et une montre de luxe.

Selon le tribunal, les trois hommes auraient passé en 2005 un "pacte de corruption" avec la Libye de Mouammar Kadhafi. Une entente ourdie lors de rencontres secrètes fin 2005 à Tripoli de Claude Guéant et Brice Hortefeux, avec le beau-frère du dictateur, Abdallah Senoussi, condamné à perpétuité en France pour avoir commandité l'attentat contre le DC-10 d'UTA en 1989 (170 morts).

En échange d'un financement occulte, la Libye aurait été en quête de contreparties diplomatiques, commerciales mais aussi d'une grâce ou d'une amnistie de Senoussi une fois Nicolas Sarkozy élu.

Les trois hommes réfutent ce scénario et avaient jusqu'alors opposé un front cohérent, Claude Guéant et Brice Hortefeux affirmant notamment n'avoir pas tenu Nicolas Sarkozy informé des tête-à-tête clandestins avec Senoussi.

Dans son attestation, Claude Guéant laisse désormais filtrer une ambiguïté de taille: "La seule chose dont je sois sûr est que je ne lui en ai pas rendu compte immédiatement."

- "Quelques petits trucs" -

Il raconte aussi un dîner officiel à Tripoli en 2007. Nicolas Sarkozy l'aurait alors fait venir en fin de repas pour que Kadhafi lui répète sa préoccupation sur le sort de Senoussi: "Claude, voyez cela", aurait alors lâché le président fraîchement élu. Scène "absurde", a nié mardi l'intéressé.

L'ancien président Nicolas Sarkozy (g) arrive au palais de justice de Paris, le 8 avril 2026, pour son procès en appel dans l'affaire du financement libyen de sa campagne électorale de 2007 ( AFP / Thomas SAMSON )

L'ancien président Nicolas Sarkozy (g) arrive au palais de justice de Paris, le 8 avril 2026, pour son procès en appel dans l'affaire du financement libyen de sa campagne électorale de 2007 ( AFP / Thomas SAMSON )

La nouvelle position de Claude Guéant fait écho à ses conversations téléphoniques en 2013 avec sa fille, enregistrées durant l'enquête: regrettant d'être insuffisamment défendu par ses amis, l'ancien ministre de l'Intérieur lâche qu'il sait "quelques petits trucs quand même". "Ce serait bien qu'un jour tu les balances...", répond sa fille.

Dans un autre échange, elle insiste: Nicolas Sarkozy "a intérêt à se méfier parce que le jour où tu vas décider de balancer, tu vas voir...".

En première instance, Nicolas Sarkozy avait dépeint son ancien collaborateur en "honnête homme". Un an plus tard, le portrait est moins flatteur: il trouve désormais "extrêmement étrange" cet argent liquide brassé par Claude Guéant; ne reconnaît pas ce "janséniste", ce "collaborateur remarquable" qu'il a "connu et apprécié", dans les "épisodes (...) lus dans ce dossier"; se demande si cet homme dont il ne connaissait "pas la vie personnelle" ni le "train de vie", n'avait pas ses "intérêts" propres.

La riposte de Claude Guéant "est un tournant majeur, l'évolution que nous n'attendions plus tant les positions paraissaient relativement figées", commente Me Vincent Brengarth, avocat de l'association anticorruption Sherpa, partie civile. Selon lui, cette "confirmation que Claude Guéant a évoqué la situation de Senoussi avec Nicolas Sarkozy, vient contredire sa volonté farouche de le nier et crucifie sa défense".

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